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Par-ici | Autrefois | Vous-même

Je ris à en crever.

Deux petites pilules blanches. Elles ne m'avaient pas manqué. Je me souviens il y a quelques années lorsque j'en prenais... on dirait que ça ne fait rien mais tout d'un coup, quand je pense à tout ce qui me fait du mal, il ne se passe rien. Mon cœur n'est plus serré, aucune larme ne coule. Tout ça pour rien.

Mon corps fait grève. Mon cœur fonctionne au ralenti, ma tension chute alors j'ai la migraine. Mes ovaires de veulent rien savoir, je n'ai plus de règles. Mes intestins se rebellent à leur tour et les moments où je lis Cosmopolitain aux toilettes se font rares. Ma mémoire fout le camp, j'ai la sensation de ne plus savoir faire de belles phrases. Mon anglais rouille, mon espagnol s'enfuit, mon allemand est mort. Ma culture se fait la malle, je ne lis plus. Mon coup de crayon se barre, j'enrage sur ma feuille blanche, je gomme, je rature, j'abandonne. Mon esprit se détraque depuis que tu m'as dis ça. Depuis que tu es parti.

Chaque mot qui transperce mon cœur me fait doucement rire. On a tous un mécanisme pour ne pas avoir l'air d'avoir été tué sur le coup. Et cette envie d'aller de l'avant, même si on a la sensation au fond, quelque part, de ne pas en avoir fini, de ne pas avoir vidé son sac. Alors ce petit reste traîne au fond de l'estomac et pourrit. Ça fait mal. Je pensais que je m'en foutais, je l'avais dit. Je n'ai pas à m'en faire pour un homme qui traite les filles comme de la merde, trop égocentrique pour m'humaniser un peu. Mais quand je t'ai vu avec elle, son visage... j'ai ri. Paradoxalement, je me dis pourtant que je n'ai plus rien à attendre. Même si je le savais, je ne le ressentais pas. Le cœur l'emporte à nouveau sur le cerveau. J'ai fait le deuil de ton absence, j'enterre l'homme que j'ai eu la bêtise de croire que tu étais. Je ne chérissais pas un corps, mais ma propre interprétation.

J'ai perdu beaucoup trop de temps à te courir après, t'attraper avant que tu ne glisses de mes doigts, te ramasser, te laisser t'enfuir, me donner des coups et te supplier encore. Jamais je n'aime, d'habitude c'est moi qui fait souffrir. Bien fait pour moi. Aujourd'hui c'est toi qui gagnes. Tu me tues, et je ris encore.

Je ris à en crever.

Mars, et ça repart.

Il est 19h, il paraît qu'ils m'attendent.

Il est 21h, je grimpe dans le train. J'adore partir avec un rien au fond de mon sac, partir comme ça, comme si ne rien était. Je regarde par la fenêtre les paysages urbains défiler si vite qu'ils se mélangent entre eux comme une peinture pas encore sèche qui prendrait la flotte. Un type pas clair me regarde avec insistance, il glisse sa main dans son pantalon. Je savais bien que ce short il était trop court...

Il est 22h, après moultes déambulations, je sors du métro Sully-Morland. Il y a une touche de rose dans le ciel... c'est joli. Pas mal de nuances de bleu pâle, un peu de jaune clair dans les nuages. J'allume une cigarette. Je porte un bandana dans les cheveux, une tunique blanche brodée, un mini short marron et des grandes bottes à franges. Les gens me regardent bizarrement. Je m'arrête sur le grand pont pour faire une pause et regarder autour de moi. Je tire sur ma cigarette en regardant le haut du crâne de Madame Tour Eiffel qui de sa grande taille surplombe tous ces immeubles. A sa gauche, un peu plus loin, Notre-Dame. Je n'étais en fait qu'à quelques battements d'ailes d'oiseau de là où je faisais mes longues promenades. Avant de repartir, je savourais ce moment avec moi-même, avec l'absence de mots, juste mes quelques pensées et mon admiration pour un paysage qui m'est maintenant redondant mais dont j'ai encore du mal à me lasser.

Il est 23h, nous sommes assis dans l'herbe, on discute de tout, de rien. J'ai froid. Je savais bien que ce short il était vraiment trop court... et que j'ai bien fait de prendre un pled en polaire. On est deux, Julie et moi, à le partager, ainsi que quelque conversation. On rit, on boit, on va uriner derrière les buissons, on parle de cette fin d'année, de nos chemins qui se séparent, de ce qu'on fera... et ce pincement au coeur qui est toujours là.

Il est minuit, ceux qui veulent récupérer le dernier métro s'échappent. J'ai envie de faire comme eux. S'en va ce bel énergumène avec qui je discute depuis une bonne demie-heure. Des origines espagnoles, un style classe et charmant, un joli sourire. Je me dis que j'aurais dû le raccompagner jusqu'à la station. J'ai toujours ce côté gonzesse qui fait surface trop tard, même si je m'améliore. Tant pis. Les autres veulent qu'on aille un peu plus loin : il y a de la musique.

Il est 1h et je ne suis pas convaincue. Un saxophoniste met l'ambiance pendant que son public tape sur des bouteilles de bière pour placer le tempo. Je discute cinéma avec Chris tout en poursuivant la descente de ma bouteille de vin. Je ne tarde pas à rejoindre Francesco au bord de l'eau. Je partage mon pled et on parle des choses vraies. De ce qui fait ce que nous sommes, de comment on ressent l'existence. C'était peut-être à cause de l'alcool, quand j'y pense. Il ma parlé de son enfance, je lui ai expliqué ma vision de la vie. J'ai rigolé quand il m'a dit que je lui avais ouvert les yeux. C'était sans doute à cause de l'alcool, quand on y réfléchit. Les gens festoyaient autour, un type nageait dans la Seine pendant qu'un autre pissait dedans et nous étions tous les deux là, comme deux vagabonds qui éssaient de n'pas crever de froid.

Il est 2h et on décide de partir. Deux d'entre nous on trop bu et subissent ce curieux phénomène que l'on appelle entre nous les djeuns "bader". Notre expédition à destination d'Oberkampf commence alors. La troupe s'étiole. Certains pleurent, d'autres enragent. Je garde mon calme, même si la peur que la soirée ne se termine pas bien me fait bouillonner. J'explique qu'il faut aller tout droit pour rejoindre Bastille. Même si la moitié écoute, du moment qu'ils suivent, on s'en fout. Les plus lucides d'entre nous essaient de jouer les bergers de ce troupeau ethyllique.

Il est 3h, et nous arrivons enfin, malgré les embûches regroupant disputes et rencontres avec d'autres groupes aussi frais que nous.

Il est 4h et j'éssaie de dormir. Les moins lucides d'entre nous on décidé de faire chier. Je me dis que la prochaine fois, c'est moi qui boirai le plus puisque c'est pas payé de réfléchir à la place des autres. J'ignore les Beach Boys sur Deezer, je colle ma tête sous l'oreiller et Ô miracle, je parviens à trouver les bras de Morphée.

Il est 11h, et ça fait cinq heures que les autres sont partis. Nous ne sommes plus que trois. Francesco et moi laissons l'hôte vacquer à ses occupations alors que nous rejoignons le métro Oberkampf en essayant de ne pas saliver devant les poulets rôtis dans les rôtisseries. Boire affame. Qui l'eut cru ?

Il est 13h et après métro/train/bus, je rentre chez moi. J'engloutis la totalité d'une quiche lorraine avant de mécrouler devant un épisode de Friends.

Il est 19h30. Ah ? Tiens bonjour... *baille*

Frisquet.

Le froid me manque.

Je repense à ce que Songe m'a dit dernièrement. La belle ville qu'est Paris est souvent plus jolie quand l'air est glacé. Un brin de nostalgie vient alors effleurer mon cœur fragile.

Je me revois cet hiver, déambulant dans les rues de la capitale. Parfois des heures durant. J'allais de Bastille au Champ de Mars, en passant par Notre Dame. J'avais mal au jambes, j'avais froid, rien à manger, sans un sous en poche et souvent en pénurie de ticket de métro. Ce vagabondage avait du charme. Je revois ce couple de SDF à Bastille avec leurs chiens. L'un d'eux (je parle des SDF) m'avait demandé de l'adopter (toujours le SDF). Je leur ai filé un euro, et il m'a dit "Merci la puce". Je revois ce jeune garçon qui a pris ma commande au Starbucks (toujours à Bastille) qui avait des yeux bien trop bleus pour être ordinaires et un sourire à charmer une fille aussi
difficile que moi. Et comme je sais que je ne le reverrai probablement pas, je me fabrique des histoires. Je l'ai revu une fois... je suis repassé une semaine après. Comme si je ne l'avais pas fait exprès mais on ne dira rien, hein.

Aujourd'hui il fait bien trop chaud pour quelqu'un comme moi. Moi qui aime ce souffle quand il fait froid, qui aime mettre mes mains dans les poches de mon gros manteau, ce chocolat chaud réconfortant... cette absence de foule. Les gens se mettent à l'abri. Ne restent que les courageux qui sont bien obligés de se les cailler, les amoureux des tableaux mélancoliques qui ont le goût de marcher dans les flaques d'eau au risque de perdre toute sensation dans les orteils, et les imbéciles qui mangent en terrasse à -2° parce qu'ils ont envie de fumer (véridique). Je revois mon trajet habituel entre Hotel de Ville et Notre Dame. Cette petite rue pleine de galleries d'art. Ce panneau inutile "Kazé - le vent".

C'est fou comme les saisons changent le monde.

Les journées vides.

Ouf ça y est... enfin terminée, cette mise en page. Ou presque. Car voyez-vous, non, aussi majestueuse puisse-t-elle paraître, elle n'est pas parfaite. La bannière ne s'affiche pas partout, quand je veux écrire un article ou un commentaire ça fait une grosse fenêtre bien moche mais je suis fière de moi. Ça faisait des lustres que je n'avais pas touché à du html. Youpi, on sort le champagne. *plop* *glouglouglou*

Une semaine que je suis en vacances, déjà. Quelques soirées biture et deux jours de farniente complète. Les journées comme aujourd'hui en plus, je les aime. Enfin rentrée du bruit de Paris, de sa pollution, de sa grisaille. De retour dans ma campagne avec son atmosphère paisible... les parents ne sont pas là, c'est une journée où tout est permis. Et tout y passe : je peux me promener nue, rire super fort devant des vieux épisodes de Friends, chanter super faux en tapant sur la table avec des fourchettes pour faire les percussions, cuisiner moi-même quelque substance non identifiable et semi comestible, m'allonger dans le jardin auprès du chat (après m'être rhabillée bien sûr). Ce sont les journées vides, les journées où l'on ne court pas, où personne ne vous ennuie. D'ailleurs, personne n'existe.

Je repense alors quelques fois à mon année qui vient de passer, un pincement au cœur. Un tas de superbes rencontres que je n'aurais pas soupçonnées, bien que nos chemins doivent déjà se séparer. On se dit toujours qu'on se reverra et puis on s'y tient quoi... quelques mois. Et je me trouve optimiste, là. Je pense que même si je ne continue pas les arts appliqués, je ne lâcherai pas totalement le dessin. J'ai une nouvelle vision de cette activité et un nouveau regard sur mes capacités. Je sais que c'est un domaine où je sais me distinguer des autres malgré tout. Il m'a seulement fallu beaucoup de temps pour m'en rendre compte et prendre d'avantage confiance en moi. J'ai pris un goût certain pour l'illustration. D'ailleurs, maintenant que j'ai le temps, j'imagine que je pourrais illustrer quelques uns de mes écrits. Même si écrire pour moi c'est un peu comme faire du piano. Les sentiments se diffusent du bout de mes doigts au fur et à mesure tandis que le dessin est une course à l'achèvement et au travail bien fait, sans bavure. Ce qui, pour moi, retire l'aspect émotionnel de cet art. Je peux ressentir en regardant, mais pas en produisant. Je viens de localiser à l'instant le problème. Comme quoi écrire est vraiment thérapeutique, on ne le dira jamais assez.

Après le pavé que je viens d'écrire, je me sens obligée de vous laisser. Je réécrirai, ne vous en faite pas. Je suis souvent absente mais maintenant que j'ai passé un coup de balai et bougé les quelques meubles de ce lieu intime, ça signifie bien que je suis là, et que je suis là.

Je dépose les armes.

Les beaux jours reviennent, le printemps passe et cela fait longtemps que moi je n'étais pas passée. Je me pose mille et une questions, mais il n'y a aucun mot qui se pose dessus. Ne subsiste que ce vide, ce besoin, ce sentiment de perplexité qui me suit comme mon ombre. Voilà, l'année scolaire est passée et je dirais que c'est sans conteste celle qui m'a le plus métamorphosée. Je ne me sens pas grandie, je ne me sens pas diminuée, je me sens différente. J'ai pu me sentir brisée, j'ai pu me sentir paisible, mais ce fragile équilibre revient de temps à autres me réconforter.

Tandis que j'écoute le Gulag Orkestrar de Beirut qui me transporte au delà des limites de mon compte en banque, je reviens sur les endroits cher à ceux qui écrivent les mots qui avaient coutume de m'apaiser. Aphone, Inconsciente, Passionnée, Songe et tant d'autres. J'ai alors envie de poser là ce qui frappe sans cesse contre les parois de mon pauvre corps. Je relis mes anciens écrits, je me replonge deux ans plus tôt. Je me souviens comme j'avais mal au cœur, et pourtant... et pourtant j'envie cette période. Je regrette presque cette époque où Valentin m'avait fait si mal. Le temps est passé. L'amour aussi.

Je me revois, en décembre dernier, sur le pont qui relie le parc des Tuileries au musée d'Orsay. Un saxophoniste jouait un peu plus bas et j'avais les yeux rivés sur la Seine. Il faisait froid, et pourtant j'avais chaud. Paris est une ville romantique, il paraît. Mais elle m'a appris à ne plus aimer. Mon cœur a fait des bonds, dansé, sautillé, puis s'est arrêté. Oui, j'aime, et pourtant j'ai mal. Aujourd'hui mon cœur est fatigué et demande mieux. La haine l'envahit lorsque je vois ces filles qui se laissent malmener au nom d'un mensonge, d'un amour qu'elles croient partagé alors qu'il n'en est rien. Je me promenais sur la place des Vosges, lundi après-midi. Mon Dieu comme elle a changé depuis que les beaux jours sont arrivés. Il y avait un monde indénombrable et une chaleur insupportable et pourtant, j'avais froid. Et l'instant d'une seconde, j'ai retiré ma solide armure, j'ai déposé les armes et j'ai repensé à lui. Lui, qui ne m'aimait pas.

Aujourd'hui, je suis lasse de parler des hommes. Je veux parler d'amour. Je veux des projets. Je veux avancer. Avec moi-même, tout simplement. Car si je m'aime, c'est déjà un pas de géant.

Abba avait raison.

N'étaient-ce donc pas eux, qui ont dit "Thank you for the Music" ? Si, je crois bien. Cette phrase, je me la suis dite plusieurs fois, ces derniers jours. Ces derniers jours qui ont été teintés d'une drôle de noirceur... une tâche qui s'est moins étalée que les autres, mais qui est beaucoup plus dense, beaucoup plus sombre. Mêlée à un sentiment de colère et de tristesse... de regrets et de rancune. Ça ne sert à rien mais malgré tout, chaque chose inutile trouve une place ici bas, alors pourquoi pas ces ressentiments qui se cachent au fond de mon estomac ? La musique, si elle n'était pas là... oh si elle n'était pas là...

Animal Collective sont mes amis, Beirut aussi. Les concerts à emporter. Je lui en avais parlé. J'ai l'impression que tout ce que je lui ai montré, appris, tout ça est sali maintenant. Comme lorsque l'on regarde de vieilles photos avec nostalgie et que l'on se demande pourquoi les choses devaient-elles changer. J'éssaie de me dire que si tout s'est déroulé ainsi, c'est pour laisser place à quelque chose de mieux. J'aime croire qu'une bonne chose se cache derrière une mauvaise. Et pour l'avoir, il faut s'approcher de cette zone noire, quitte à se faire prendre. Je n'avais rien demandé, et à présent, j'attend la contrepartie. Seulement, un épais brouillard masque la lumière à l'horizon, celle que je croyais voir il y a encore une semaine... ou peut-être plus. Dimanche dernier, tout commençait déjà à s'assombrir, comme l'annonce d'un orage. Ça suffit.

Hier, je suis revenue à Paris. Je devais aller visiter une école, et une fac. La première dans le cas où je continuerai, la deuxième, dans le cas d'une éventuelle reconversion. Je ne pensais pas fuir Paris, en allant dans Paris. Mais ailleurs. Quelque part où d'habitude je ne vais jamais. Un espace plein de possibilités. Paradoxalement, j'ai réussi à respirer à Tolbiac, là où tout est froid et métallique. Ce n'est que quand j'ai vu les noms de stations de métro que mon cœur s'est serré. J'ai eu beau me relever vite sans verser la moindre larme, j'étais paralysée et incapable de me rendre à Place d'Italie. Tout m'est revenu à la figure et j'ai ressenti cette douleur familière à la poitrine mais pas celle d'une plaie ouverte. Cette douleur semblable à celle d'un hématome qui ne fait mal que lorsque l'on appuie dessus et peut-être un peu continuellement, mais ça reste léger... parce qu'on s'y est accomodé. Je ne sais pas si c'est ça qui est triste, de s'être accomodé à la douleur. Mon regard balaye un peu plus loin sur le trajet que fait la ligne 7. Ma deuxième gifle, je me la suis prise quand j'ai vu la station Louis Blanc. Je déteste la ligne 7.

Je suis entrée dans la faculté Diderot et j'ai écouté un speech sur le programme de Lettres. Je me sentais tranquille, parce que je ne me sentais pas concernée. J'écoutais cet homme parler de ce que je connaîssais sans être effrayée de ce que je pouvais ne pas savoir, puisque je n'étudie pas cette filière. Je me sentais à des années lumières de Bastille et de Faidherbe. Il faisait froid mais on s'en fichait. Julie parlait beaucoup, elle était enthousiaste. Moi je me cloitrais dans mon mutisme et mes pensées, me demandant si c'est de ma faute si tout s'écroule trop vite à chaque fois. Et, dans ce cas précis, si c'était à cause de moi et ce que j'avais bien pu faire de mal. Pourtant, je continue mon chemin sans pleurer même si j'aimerais de temps en temps être capable de me laisser aller. J'ai peur du cynisme.

Plus tard, nous sommes allées voir Notre Dame, les pigeons et les touristes. Un véritable rendez-vous folklorique. J'étais déjà venue, il n'y a pas longtemps, quand je sentais l'étreinte et les contraintes de l'école trop étouffantes et que je sortais de ma cage à oiseaux pour un après-midi. Nous avons cherché le Starbucks en passant par une petite rue, aux allures médiévales, tout à fait charmante. Nous avons fait une halte dans notre périple sur le boulevard Saint Michel pour prendre un café, puis nous avons regardé les boutiques. Pas les magasins de fringues, les boutiques de vieux livres et de vinyles. Celles qui vous vendent du passé, des objets qui ont voyagé de mains en mains comme ce livre espagnol que j'ai vu. Un livre datant de 1942, au pages abîmées et jaunes, contenant une carte postale en noir et blanc oubliée là, sans doute utilisée comme marque page. Le genre de livre qui vous raconte l'histoire d'une vie avant même que vous l'ayez ouvert. Je n'ai jamais autant regretté de ne pas avoir deux euros trente sur moi.

Je pense qu'après avoir vomi ma frustration au sens propre et figuré du terme, une journée à s'aérer la tête ne pouvait me faire que du bien. J'ai réalisé ce que je savais déjà. Il y a autre chose que ce qu'il y a autour de moi. Evidement on le sait, mais on ne s'en rend jamais vraiment compte. J'ai plus que jamais envie de partir de cette école. En deux jours, deux choses me poussent à partir : je me sens mieux ailleurs, et plus rien ne me retiens plus ici.

Je pars, je suis partie.

Il y a des jours où l'on se sent con. Vraiment con. Tellement con, que l'on a envie de se taper la tête contre un mur, mais on a si peu de courage que tout ce qu'on se dit c'est "Mince mais ça doit faire mal". A moins que ce soit la preuve qu'il nous reste un minimum de sens et qu'on a pas été totalement lobotomisé. Bref.

Il y a des jours où l'on se sent triste. Il y a le coup de cafard du "on sait pas ce qu'on a ni pourquoi", la blase de la sale journée, la grosse mauvaise nouvelle qui nous tombe sur le coin de la tronche... la peine de cœur, aussi. Tu sais, cette douleur inattendue qui vient te transpercer la poitrine pour laisser une plaie sanguinolente qui a ses chances de rester en putréfaction un moment si tu décides de rester le cul par terre à fixer le néant. Ou à espérer qu'en nageant à contre courant les choses finiront enfin par te sourire. Quelle connerie...

Il y a des jours comme ce matin, le cœur empli d'amour, l'esprit serein (ça n'était pas arrivé depuis combien de temps, ça ?) tu commences ta routine quotidienne. Mais quelque chose vient se heurter à tes projets de vivre ta vie dans un océan de "il ne se passe rien mais tout va bien". J'ai appris ce matin que celui pour qui je me lève tous les matins (et ironiquement, ce matin aussi) lui a... trouvé quelqu'un d'autre. Le plus intéressant, c'est que j'ai analysé tout ce qui se passait en moi à cet instant précis. Une douleur fulgurante au niveau de la poitrine, qui part vers l'estomac pour disparaître enfin, une sensation de chaud dans tout le corps, il faut que je retire ma veste. Un état de paralysie générale, et enfin je retrouve mon état initial, mais je fonctionne au ralenti. J'ai l'impression d'être une bête qui s'est pris la patte dans un piège et qui se trouve terrorisée à l'idée d'avancer plus loin. Mais pourtant, aucune larme ne perle au creux de ma fossette.

Il y a des jours, où l'on prend certaines résolutions. Il y a des jours où il y en a marre d'avoir mal pour rien. Le miel n'est pas le miel sans le vinaigre et j'ai bu toute la bouteille pour le petit déjeuner. Demain, les petits affronts quotidiens auront un goût sucré. Je déclare forfait. Tu as gagné, j'ai eu ce que je méritais. J'ai brisé quelques cœurs et déçu quelques âmes sensibles, et je me retrouve au fond de cette famillère fosse sceptique sans lumière. Mais merde, je vais me relever. Que quelqu'un me tende la main, ou bien je salirai les miennes en m'appuyant par terre mais je me relèverai. Et tout à coup, les choses me semblent claires, je vais faire ce que j'ai envie. Si je dois vivre sans amour, je vais continuer mon chemin avec le seul que j'ai et je tenterai le conservatoire. Je défierai la musicologie. C'est terminé, je me tire d'ici.

Maintenant regarde moi, tu as vu ? Je pars, je suis partie.

Peut-être Parachutiste.

Pour te dire, je ne savais même pas, il y a une minute trente, que j'allais me mettre à écrire un article. Je pense que c'est tout aussi bien. Comme ça, je n'ai aucune idée de ce qui va se passer. Aucun agent spécial n'a été convoqué à la douane qui sépare mon cerveau de ma bouche pour examiner si mes mots sont appropriés ou non. Tu sais quoi ? J'adore ça !

Je n'ai rien écrit depuis le premier décembre... je me souviens que mon moral se traînait au sol à ce moment là. De toute façon, depuis que je suis là, il n'y a eu que des hauts et des bas... je n'ai trouvé aucune paix dans mon esprit avec cette course contre la montre perpétuelle, cette pression à la con et ces gens hypocrites. C'est moi qui ne suis pas adaptée au contexte. Je ne suis pas mieux, je ne suis pas pire, je suis inappropriée. Vivement que je me tire de cette école, je ne m'y sens pas bien. Même si j'ai appris des choses considérables et ressenti un pur bonheur étalée par terre, dans différents musées de Paris à reproduire diverses choses. Mon meilleur souvenir reste cette séance au musée des Sciences Naturelles où c'était moi face à ce gargantuesque squelette de mammouth. Le palpitant frémissant, je montre ma modeste production et décroche la meilleure note. Il y a de ces moments où l'on se sent au sommet et où notre égo s'envole... c'est toujours agréable. Mais depuis, je reste à la maison à penser à d'autres choses, à dormir, rêver, à attendre. Le concours des Arts Décoratifs va commencer et ce sera moi face à ce gargantuesque projet. Je me sens plus confiante que jamais. Merde.

Ce matin j'étais devant mon écran d'ordinateur, dans la rubrique "inscription" et je me suis sentie m'éloigner de quelque chose. Peut-être de ma vie d'avant. J'ai déjà gravi un palier cette année et je suis en période de transition. J'ai envie de saisir ma chance où qu'elle soit. Balancer des curriculum vitae, trouver où me loger, trouver où étudier... continuer dans les arts appliqués, me recycler dans les langues, ou peut-être la littérature... j'ai vu aussi que la Sorbonne enseignait la musicologie, l'occasion de renouer avec ma plus grande passion et mon meilleur ami aux touches d'ivoires... et aussi les écoles de théâtre, moi qui ai toujours confiné au fond de moi ce désir de monter sur les planches. Et là s'échappe un léger rectus. Je n'aurai sans doute jamais de boulot stable avec de telles compétences... de tout façon, la stabilité, ça ne me connaît pas vraiment. Attendons de voir ce que cela donnerait dans une relation amoureuse. Une vraie. Je pense ne pas tarder à le savoir. Et c'est peut-être ça qui fait que je ne suis pas retombée dans la fosse nauséabonde où je pourrissais depuis un certain temps. On verra ce que ça donne.

La bête noire, on ne la vire jamais. On se laisse manger, ou on lui passe un collier autour du cou, une laisse et une muselière. Des fois, on s'effondre et on lui donne la force de rompre ses chaînes pour nous attaquer. C'est un éternel crêpage de chignon. Je ne sais pas si tout le monde en a une dans sa poche ou s'il ne s'agit que des esprits dépressifs, mais alors qu'elle me persuadait que j'étais perdue dans une voie sans issue, je tambourrine à chaque porte pour trouver de la lumière.

Edit.

Il y a des fois où écrire apaise. Mais j'en suis à un stade de perdition où même mes mots, je ne les retrouve plus. Je vais me faire manger par la vilaine bête noire qui grignotte mon cerveau.

Too tired to try.

Me voilà assise en tailleur sur mon lit, emmitouflée dans une couette, les doigts pianottant sur le clavier de mon ordinateur pour te délivrer quelques unes de mes impressions, à toi lecteur, sur un air d'Elliott Smith, un grand ami à moi. Il ne me manque plus qu'une tisane, un chocolat ou un lait chaud et j'aurai vraiment l'impression d'être en hiver. A croire que chaque saison a son charme... quoique je pense que l'on se contente de tirer parti de chacune des choses qui nous sont inévitables. Et c'est une bonne chose d'après moi.

Ces temps-cis, j'éssaie de tirer parti de ce qui m'arrive dans ma vie de tous les jours. Ce n'est pas toujours facile (en général, je ne suis absolument pas un cas isolé, bien que souvent pessimiste) mais tourner les choses à notre avantage est souvent satisfaisant. Voilà déjà bientôt trois mois que Paris est mon quotidien et je t'avoue que ma lassitude a été quelque peu prématurée. Je n'ai jamais été de ceux qui ont idolâtré cette ville puisque s'y rendre une fois de temps en temps depuis que je suis petite a été, avec le temps, un fait et plus vraiment un évènement. Paris est grise, Paris est sale. Elle n'est pas la seule comme ça, ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Paris est souvent triste, surtout lorsqu'on ne quitte jamais son petit onzième. Surtout quand la seule ballade que l'on y fait se résume à se rendre à la boulangerie pour acheter un sandwich et l'avaler (que dis-je ? l'inhaler serait plus approprié) manu militari pendant les quelques minutes de pause que l'on a... Ô frustration, quand tu nous tiens.

Je ne crache pas allègrement dans la soupe, soyons d'accord. Paris m'a fait vibrer plus d'une fois. Ce jour de juillet de cette année, où allant chercher Berit, une amie allemande qui arrivait Gare de l'Est, nous avons attendu devant un demi de bière blonde (la peinte aurait été la bienvenue mais vu le coin, on avait beau racler le fond de la popoche, il n'y avait pas de trésor au fond...) puis nous sommes allée devant la Tour Eiffel, toute de bleu illuminée et étincelante sous les douze coups de minuit. Fantastique. J'ai maudit le monde entier de n'avoir pu partager  cela avec un éventuel bien-aimé mais ils étaient là, mes amis, les mêmes étoiles dans les yeux comme si nous venions pour la première fois. Paris m'a fait vibrer ce jour de septembre où, ayant raté mon train, j'arrive en retard à 14h pour le cours de dessin d'analyse et dois attendre celui de couleurs qui commence à 16h. J'ai découvert Bastille ce jour là, sous la pluie. Cette sérénité, cet émerveillement devant l'inconnu qui me tendait les bras, à moi, jeune étudiante sous des airs de touriste, m'a même poussé à refiler mes fonds de porte-monnaie aux SDF du coin. Paris m'a fait vibrer (et cette fois le mot est faible) ce lundi de novembre où Bastille ne suffisait plus et où j'ai écrit quelques mots à la Place des Vosges (l'article d'avant, je ne sais pas si tu y as jeté un coup d'œil) pour ensuite déambuler au hasard dans les rues, arriver au bord de la Seine, puis tomber par hasard sur Notre Dame, prendre un chemin discret sous les rues et les ponts, longeant la Seine, arriver sous un autre pont, tout près des Tuileries où un saxophoniste m'aurait fait pleurer de bonheur tant le moment était savoureux... J'aurais aimé te raconter cette journée en entier mais je ne sais pas... sans doute étais-je fatiguée. Tu me pardonneras.

Je continue. Paris m'a plu, pas plus tard qu'hier. J'avais besoin de sphères en polystirène pour un cours de volume alors je me suis rendu à la station Filles du Calvaire et ensuite au magasin Rougier pour dépenser quatre euros dans un sac de dix boules qui ne m'ont servi finalement à rien, sinon à avoir l'air d'une exentrique qui fait ses boules de Noël by herself. Le coin était plus que sympathique... je me suis arrêté devant un magasin de guitares, me suis vaguement interessée à un magasin de batteries et me suis mise à rêver devant un magasin de pianos. La grisaille du quartier était belle. Aussi charmante que l'on trouve charmante une photo en noir et blanc. Dans ces moments là, je regrette de ne pas avoir équipé mon mp3 des trésors d'Elliott Smith qui s'accordent si bien aux tons gris des humeurs mélancoliques que je me plaîs à ressentir. J'ai repéré un grand édifice vert au loin et continué ma marche jusqu'à Bastille, plus ou moins mon actuel QG, maintenant. Je suis passée devant le Starbucks. Dehors, assis à une petite table, le serveur qui avait pris ma commande le mardi d'avant et qui m'avait lancé quelques sourires charmeurs, avec ses doux yeux bleus. Il me manque... quatre euros. Conneries de balles en poly'. J'aurai pas mon chocolat chaud avec sa crème fouettée si réconfortante lorsqu'on a la goutte au nez et le bout des doigts qui piquent. Mardi prochain j'éspère.

Peut-être bien que je suis allée en cours hier, que l'on a absolument rien fait, et que j'aurais pu dire que j'avais perdu ma journée mais vois-tu... ce sont ce genre de promenades aléatoires qui font mon bonheur quotidien dans Paris. Quotidien... c'est vite dit dans la mesure où la cage à oiseaux dans laquelle je me casse les dents à user mes crayons ne me laisse pas tellement de temps mais bon. Si, par hasard, tu vois une fille aux cheveux bruns, la mine pâlote, un bonnet noir et un grand carton à dessin. Ça peut-être moi en pleine expédition.

Ah ! Et au fait... ce soir, ça sera chocolat chaud.

La solitude de l'être prodigieux.

Je suis arrivée à la station Faidherbe-Chaligny, il est 8h30. Arrivée à l'ECV, je me rend compte qu'il est en fait presque neuf heures. Quoiqu'il en soit, j'ai une heure d'avance alors je pars me promener. Je passe cette fois-ci par la rue qui se trouve derrière l'école, elle est beaucoup plus calme et je me met à suivre une file de gamins de primaire avec leurs professeurs se rendant au cinéma. Je les observe le sourire aux lèvres parce qu'après tout les gosses, quand ça ne crie pas, ça reste mignon. Je poursuis mon chemin habituel qui s'achève à la place de la Bastille pour ensuite faire demi-tour en passant par cette petite rue où il y a des boutiques qui vendent des mangas d'occasion et des Yoshi en peluche.

Pour une raison qui m'échappe encore, je retourne à nouveau à Bastille "Dead Duck" et "Bleeder" d'Emiliana Torrini dans les oreilles. Là, je vois une rue qui s'enfonce à gauche de la Banque de France. Irrésistible envie d'y aller. Je m'y dirige comme un gamin se dirigerait vers un sachet de Dragibus et me voilà à nouveau dans l'Inconnu. J'adore ne pas savoir où je vais... je ne l'explique pas. Plus rien n'est vraiment important à ce moment là. Je pars à l'aventure. Je vois une enseigne Lenôtre et pour satisfaire ma curiosité quant aux prix de leurs petits plats, je m'approche doucement de la vitrine. "Petit" est le qualificatif adéquat. Je me dis alors que si j'avais faim, j'irais au MacDo des Champs Elysées. Je poursuis mon expédition quand je repère un endroit qui me fait envie. Je m'y dirige comme un chien se dirigerait vers l'arrière train d'un autre. Ce coin si cool, c'est la Place des Vosges.

Je m'assois sur un banc et laisse mes pensées divaguer au rythme du son de l'eau s'écoulant de la fontaine. Je me sens bien, ici. Je me sens cachée, à l'abri de mes ravisseurs, de mes obligations parce que c'est bien ça le problème, non ? Assumer ses responsabilités. Tu penses peut-être que je ne le sais pas ? Mais en dépit de toutes les conneries que j'ai tendance à dire, je suis plutôt sûre de moi. Je sais que je suis douée dans ce que j'entreprend. Je suis une amie sur qui l'on peut compter, j'ai de l'humour, je suis bonne musicienne, je dessine plutôt bien, je suis agréable à lire... rien ne doit échapper à mon savoir-faire. Si je rate quelque chose, c'est parce que je ne m'en suis pas donné les moyens. Et c'est facile comme ça. Je ne me donne jamais à fond, comme ça je ne rencontre jamais mes limites et je peux estimer être potentiellement capable de réussir ce que je veux en toute circonstance. Il est là, le vilain petit secret. Maintenant tu sais tout.

Un groupe de touristes allemands vient perturber ma réflexion et au loin, je vois un jeune homme qui attire mon attention. Plutôt petit, les cheveux châtains qui lui tombent sur le visage, il porte une écharpe rouge et un énorme casque pour écouter sa musique. Je ne distingue pas son visage mais je l'imagine tout de suite : de grands yeux bleux, des yeux doux et un air espiègle. Il s'en va. Je me dis alors que j'aimerais bien que quelqu'un vienne s'asseoir sur ce banc à côté de moi. Quelqu'un à qui je pourrais parler... une épaule sur laquelle poser mon esprit embrouillé, histoire de taire mes pensées cinq minutes. Trouver le calme et arrêter de fuir comme une bête traquée. Les nuages s'en vont ailleurs, laissant un ciel bleu au dessus de la place mais je tremble encore de froid et j'écris péniblement ces mots sur le verso d'un sujet d'illustration. Mon nez coule mais je n'ai pas de mouchoir, j'ai faim mais je n'ai pas mon porte monnaie. Je me dis que je vais être en retard, que je le suis probablement déjà et que de toute façon, je n'ai pas de montre non plus. Je ne suis qu'une fille avec son carton à dessin, affamée et frigorifiée, la goutte au nez et seule avec sa solitude mais à ce moment précis, rien ne peut gâcher ce moment tout particulier que je savoure comme le dernier Shocko-Bon du paquet.

Maintenant, si vous permettez, je vais aller me dégourdir les jambes parce qu'à rester plantée là, je ne sens plus mes orteils.

Tu sais quoi ?

J'ai entré mon nom d'utilisateur une nouvelle fois. J'ai entré mon mot de passe, encore. Et puis j'ai coché "Se souvenir de moi". Cela fait plusieurs fois qu'il me regarde, celui-là. Avec son sourire narquois... tout ça parce qu'il sait qu'il me déstabilise. "Se souvenir de moi". Ça m'a toujours ému, ce genre de chose. C'est débile, tu ne trouves pas ? Après tout c'est vrai... qui se souviendra de moi, un jour lointain ? Qui fera un discours à ma mort ? Je n'en sais foutre rien... et qu'est-ce que je vais m'emmerder avec des question pareilles ? Mais c'est plus fort que moi. Ce "Se souvenir de moi", je m'en remettrai pas.

Pense-tu qu'il faille resté gravé dans la mémoire de chacun ? Que faire pour ne pas sombrer dans l'oubli ? Les plus cyniques diront qu'on n'en a rien à carrer, on sera morts... et quand on est mort, on n'a nul besoin de se soucier des vivants. Mais pour d'autres, être oublié c'est une autre façon d'être mort. C'est de prime abord être seul. Et c'est douloureux. C'est douloureux lorsqu'on oublie ton anniversaire, surtout lorsqu'il s'agit de la personne dont tu attends toute l'attention possible... on ne devrait jamais rien attendre de personne... et si personne ne pense à moi, si tout le monde me bouscule comme si j'étais impalpable, si tout le monde m'ignore, me laissant invisible, je m'en accomoderai. C'est ça, être fort. Je reformule. C'est ça, être fort ?

Depuis le début de l'écriture de cet article, j'écoute Amiina tout en essayant d'ordonner le bordel apocalyptique qui règne dans mon esprit. Chacune de mes pensées se propulse aléatoirement et rebondit sur les parois de ma boîte crânienne. Je n'aime pas cette métaphore. Tant pis. Jadis, il y avait un trou, une faille à cet hermetisme et le trop plein de questions parvenait à s'écouler pour s'évaporer ensuite dans l'air... Aujourd'hui, je n'arrive plus à trouver une cohérence à quoique ce soit, mes rêveries se sont ternies, dominées par des nuances de gris. Je me raccroche à des souvenirs que j'ai embellis sans m'en rendre compte et lorsque je retourne là où j'étais, tout est bizarrement plus moche. Aurais-je imaginé un monde trop beau ? Peut-être que rien ne correspond à mes espérances. J'ai passé trop de temps à des années lumières de la Terre, heureuse et perdue dans une dimension parallèle où il neige de la poussière d'étoile sur un monde qui ne connaît que le calme. Et le silence. Depuis quand ne suis-je plus en mesure de l'écouter ? J'aime le silence. Au moins autant que j'aime la musique. Et Dieu sait comme j'aime la musique.

J'ai longtemps vécu dans l'obscurité et le silence. J'ai longtemps vécu dans un univers bricolé de toute pièce. Tout était à la portée de mon imagination. Je vivais seule, cloitrée dans mon cocon, prise d'une douce mélancolie. C'était il y a déjà quelques années. Et le papillon a fini par sortir. J'ai commencé à rayonner, à d'abord sourire, puis faire sourire. J'ai commencé à émouvoir, à agacer comme bon me semblait. Vivre à l'air libre n'irritait plus mes poumons. Et j'ai cessé de cultiver mon harmonie intérieure, j'ai stoppé la rénovation de ma structure mentale, de mes fondations les plus profondes (beaucoup trop de virgules dans cette phrase). Aujourd'hui j'erre. A moitié morte.

Plus rien ne fait battre mon cœur. J'attend, tout en sachant qu'un brin plus aventurière, j'irais chercher les choses. Je partirais en quête du bonheur, comme je l'ai fait jusqu'à il n'y a pas si longtemps. Je provoquerais le mouvement. Je foutrais un bon coup de pied dans un arbre dont tomberaient trois belles plantes, je ferais ma selec' et rayonnerais un bon coup. Hop, un ze pocket. Facile, non ? Mais je suis fatiguée, irritée, lassée et déprimée. J'avance à 2 à l'heure, les yeux à moitié clos et je me déteste de faire une chose pareille, au moins autant que toi. Je trouve d'ailleurs ça ironique, parce que pour la première fois, je passe ma vie à courir.

Je n'irai pas me coucher tout de suite. J'essaie de rêver. De toutes mes forces. Je voudrais me sentir vivante à nouveau. Et peut-être que demain, je me ferai percuter par un bus, et que la seule chose qui parvienne à mon esprit malade soit : "Super, il m'est arrivé quelque chose, aujourd'hui !"

Je clos ici mes lamentations nocturnes. J'ai vomi assez de noirceur cette nuit et je me sens déjà un peu plus soulagée. Tu as raison, Hadrien. Je m'assombris... mais ne pense pas y être pour quelque chose. Si tu n'avais pas été là, je me serais déjà mise à hurler et à courir dans tous les sens jusqu'à ce qu'un mur freine douloureusement ma tentative d'évasion. Alors merci... et désolée pour demain.

Aller plus loin