Between The Bars.

Je me revois, toute pâle, à la terasse d'un café. J'avais mes lunettes avec des grosses montures noires en plastique que j'avais eues en février. A croire que je cherchais à m'enlaidir. Je pense plutôt que je cherchais à me personnifier... je ne me suis jamais sentie être une fille ou un garçon. Je suis moi, et rien d'autre que ça. A l'époque, je ne portais que du noir. Ça fait déjà deux ans.

On en revient au fait que la vie nous réserve des surprises. Victime d'une dépression plus tôt, l'été 2005 a été pour moi une période plus qu'enrichissante. La maison familiale fut mon cocon, ma chambre mon sanctuaire. Si rien n'était visible, je pouvait presque percevoir toute la magie qui s'échappait de mon imagination sous forme d'étoiles étincelantes dans l'obscurité constante de la pièce. Tout se créait progressivement, tout se modelait comme il fallait.

Mes cheveux sont devenus considérablement plus longs en l'espace d'un instant, mon visage a changé, et le paysage autour prit forme. Les oreilles attendries par Smith, je me reposais chez moi. Dans aucun endroit distinct. Partout et nulle part à la fois. J'ai aussi rencontré Rose... et ce jeune garçon dont je n'ai jamais su le nom. Il était assis dans le noir et me regardait en souriant. Je lui souriais aussi, sans jamais le toucher ni lui adresser la parole. Je fermais les yeux, nous imaginant dans une tendre étreinte, flottants dans les airs parés d'un milliard d'étincelles dorées. Et ainsi, je suis sortie du cocon, prête à affronter la vie.

Deux ans après, j'ai prévu une nouvelle reconstruction. Seulement... dans les travaux en cours, certains démons ont réussi à entrer dans la maison familiale. J'avais pensé pouvoir y retrouver refuge une fois de plus, seulement les sources de malêtre ont frappé à ma porte. Je n'ai pu que m'enfuir dehors, vers des personnes que j'ai trouvées à l'issue de mon premier rétablissement. Des personnes qui me tendront la main pour m'aider à me relever si je trébuche dans ma fuite. Dès lors, tandis que je prendrais mes jambes à mon cou, je serais parée d'un sourire nouveau et je vivrais de toutes mes forces acquises grâce à cet air libre que j'aurais respiré.

A croire qu'il y a des maux qui ne trouvent pas de remèdes.

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