Voilà en fait. J'ai carrément pas vu l'heure passer. Je m'étais dit que cette fois j'irais me coucher pas trop tard. C'est pas que j'ai des choses de prévues mais je n'aime pas me réveiller trop tard. Ces temps-cis, j'en suis réduite à être satisfaite d'être levée à onze heures... J'étais parée pour rejoindre mon lit, il était vingt-trois heures et des poussières. J'ai eu envie de regarder les Experts. Je regarde jamais d'habitude. Minuit. Je discute. Une heure. Je lis des jouebs, je réécoute mon Nick Drake. J'ai une pensée pour mon prof d'histoire.

Mon prof d'histoire et moi, on s'est toujours querellés. Malgré ça, j'étais son élève favorite. Je n'ai jamais aimé l'histoire/géo. Surtout depuis que tout ce que l'on étudiait se rapportait à la politique. Je cherchais, je comprenais mal, je n'avais pas envie de comprendre. Cependant, malgré le manque dans le fond du devoir, la forme était bonne. Mon prof d'histoire me répétait "Vous avez du talent, bon sang ! Beaucoup de talent ! Vous pourriez avoir dix-sept de moyenne si vous preniez la peine d'apprendre !". Il n'arrivait pas à se résoudre que je ne comprenais pas ce que j'apprenais, mais il appreciait ma syntaxe. C'était sa préférée. J'étais sa préférée.

Nous parlions musique. Je crus remarquer une élève qui tentait d'attirer ses faveurs, et qui ne le fis jamais si bien que moi, moi qui ne demandais rien. Il appréciait mes goûts, ma façon de m'habiller. Il trouvait que j'avais du style. Je pense comprendre la façon dont il me voyait. Je pense que ça fait de nous deux personnes semblables. Sur la fin de l'année, avec un grand sourire, je lui ai demandé "Vous connaissez Nick Drake ?". Il m'a répondu que oui, d'un air surpris. Si celle qui cherchait à lui plaire avait imaginé l'amadouer en lui parlant de Beck, elle fut vite déçue. J'ai quitté la pièce, il me regardait en souriant et me dit : "Vous connaissez Nick Drake, alors. A votre âge, ça m'étonne. En tout cas vous avez beaucoup de goût !" après avoir fait l'éloge de ce prodige disparu trop vite. J'ai quitté la pièce, je me sentais bien. Pas parce que j'avais gagné une partie puisqu'elle ne m'intéressait pas, mais parce que j'aimais le reflet de moi-même que ce professeur me renvoyait. Mon estime personnelle devenait alors plus grande qu'elle ne l'avait jamais été.

J'ai relu cette nuit des articles que j'ai publié durant l'été 2005. Il me semble que mon "style" est né à ce moment là. Ça a été brusque. Un an auparavant, je faisais le blog de Mme tout le monde avec des photos d'amis, de chien, de guitare, de groupes... mais en 2005, j'écrivais vraiment. Oui, c'était de l'écriture. J'ai acqueri un peu de notoriété sur Joueb à ce moment là. J'étais incroyablement mélancolique. J'ai relu mon article préféré de tous ceux que j'ai écrit dans ce joueb là. Quelques fautes d'orthographe, mais une bonne syntaxe. Du vocabulaire, aussi. J'en viens à me demander quand est né ce nouveau moi. Ce moi qui n'est plus le looser qui ne sait rien faire, qui ne sait pas parler aux gens. J'avais sûrement besoin de confiance en moi. J'en ai encore besoin.

Lorsque je suis seule, je revois le moi que je pense être devenue, celui dont le reflet m'est renvoyé par mon ancien professeur. Ça expliquerait pourquoi j'aime me retrouver seule. Non pas pour m'aimer, mais pour me sentir confiante. Comme j'aime être. Authentique. Lorsque les autres sont là, il ternissent ça. J'agis differemment, selon leur volonté. Je suis le moi que les gens veulent voir. Toujours. Si ça leur fait plaisir...

En tout cas, je n'oublie pas qui je suis ce soir.

Il est 3h04.

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