Cela fait deux ou trois soirs que je passe de la même façon. Je me pose sur ma chaise de bureau qui a cruellement besoin d'être changée, je vais sur le site Bashfr et je me paie une bonne tranche de rigolade en lisant les conneries que les gens peuvent raconter sur divers chats, le tout en écoutant un jazz calme... qui fait planer.

Là, mon désir de m'intégrer se met en éveil et je ressens l'envie d'aller sur des IRC pour discuter, me marrer avec des gens que je connais pas. C'est pas si con, au fond... surtout vu le week-end pourri que j'ai passé. Les 18 ans d'une copine. J'étais déjà pas emballée mais les 18 ans, j'ai pensé que ça pouvait être important. J'ai passé la soirée à m'ennuyer. Y'en a deux qui ont bu au point de rouler par terre et à pleurer, d'autres qui se sont contenté de vomir et de retourner se saoûler. La majorité des gens, je ne les connaissais pas et si ce n'était pas forcément à eux d'entamer la conversation, je n'étais pas alléchée par l'idée de tisser des liens avec eux. Je ne bois pas en général, et encore moins quand je prend des médicaments. J'ai dormi une heure parce que j'ai dormi dehors tandis que la plupart étaient dans des tentes et n'ont même pas eu l'idée de remercier ni même d'adresser la parole à ceux qui ont bien voulu dormir dehors pour leur confort. Quelle bande de cons... je suis rentrée à la maison le matin avec une énorme paire de chausettes, je me suis allongée dans le canapé et n'en est sortie que tard dans la soirée.

Je dors moins depuis deux jours, et je soupçonne la rentrée d'en être la cause. Je suis en train d'écrire tandis que l'on est au beau milieu de la nuit et c'est la dernière où je pourrai me permettre de veiller à cette heure. Demain, c'est le dernier jour de vacances. Je n'attend pas une année scolaire pleine de surprises, je retrouve les gens habituels... ce qui va me manquer, c'est tous les gens avec qui j'avais fait du chemin jusque là et qui ont avancé sans moi lorsque j'ai redoublé et qui ne seront partis. Même l'année dernière, ça m'avait fait bizarre d'en quitter beaucoup que je connaîssais. J'ai toujours eu l'habitude de me lier d'amitié avec des gens plus vieux et il n'y a qu'en cours que je suis entourée de plus jeunes. D'ailleurs, je ne dirais pas que je me sens vraiment bien dans cette condition. Je n'ai pas la prétention d'être une fille très mature et je ne dis pas que je suis entourée de gamins. Je constate seulement une différence dans la façon dont je me sens entre eux et d'autres. En dehors du côté social, je suis curieuse de savoir si je serai à la hauteur, si j'arriverai à travailler assez et à en récolter les fruits.

Pour parler d'autre chose, vu que c'est encore ce qui me traverse les oreilles au moment où j'écris ces mots, j'ai mon remède contre ce blues qui m'envahit. J'avais appris à aimer le jazz par hasard quand j'avais treize ans, je l'ai écouté régulièrement à seize ans et aujourd'hui je l'ai de nouveau appellé à l'aide. Je ne ressens pas très souvent le besoin d'écouter du jazz mais quand le besoin est là, le soulagement est instantané et d'une puissance phénoménale. Je me sens flotter dans l'air, voyager à travers l'espace temps... peut-être parce que les chansons des vieux cronners n'apartiennent plus vraiment à notre époque. Quelque fois, je rêve de pouvoir chanter de cette façon, porter une longue robe rouge et me sentir pleine de grâce. Je me revois ce jour gris et pluvieux dans Paris où je regardais des vitrines montrant de magnifiques bjoux coûtant dans les 50 000€. J'étais toute admirative, je me disais ce fameux "Peut-être un jour...".

Peut-être un jour...

La jeunesse, c'est un espoir plus grand que n'importe quoi d'autre, c'est regarder un avenir incertain en imaginant n'importe qu'elle possibilité. C'est mettre du conditionnel dans toutes nos pensées. Voir grand, c'est aussi risquer d'être déçu, mais pouvoir dire qu'on a essayé.

Je vais écouter une de mes préférées. Elle s'appelle "Dream".

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