Deux petites pilules blanches. Elles ne m'avaient pas manqué. Je me souviens il y a quelques années lorsque j'en prenais... on dirait que ça ne fait rien mais tout d'un coup, quand je pense à tout ce qui me fait du mal, il ne se passe rien. Mon cœur n'est plus serré, aucune larme ne coule. Tout ça pour rien.

Mon corps fait grève. Mon cœur fonctionne au ralenti, ma tension chute alors j'ai la migraine. Mes ovaires de veulent rien savoir, je n'ai plus de règles. Mes intestins se rebellent à leur tour et les moments où je lis Cosmopolitain aux toilettes se font rares. Ma mémoire fout le camp, j'ai la sensation de ne plus savoir faire de belles phrases. Mon anglais rouille, mon espagnol s'enfuit, mon allemand est mort. Ma culture se fait la malle, je ne lis plus. Mon coup de crayon se barre, j'enrage sur ma feuille blanche, je gomme, je rature, j'abandonne. Mon esprit se détraque depuis que tu m'as dis ça. Depuis que tu es parti.

Chaque mot qui transperce mon cœur me fait doucement rire. On a tous un mécanisme pour ne pas avoir l'air d'avoir été tué sur le coup. Et cette envie d'aller de l'avant, même si on a la sensation au fond, quelque part, de ne pas en avoir fini, de ne pas avoir vidé son sac. Alors ce petit reste traîne au fond de l'estomac et pourrit. Ça fait mal. Je pensais que je m'en foutais, je l'avais dit. Je n'ai pas à m'en faire pour un homme qui traite les filles comme de la merde, trop égocentrique pour m'humaniser un peu. Mais quand je t'ai vu avec elle, son visage... j'ai ri. Paradoxalement, je me dis pourtant que je n'ai plus rien à attendre. Même si je le savais, je ne le ressentais pas. Le cœur l'emporte à nouveau sur le cerveau. J'ai fait le deuil de ton absence, j'enterre l'homme que j'ai eu la bêtise de croire que tu étais. Je ne chérissais pas un corps, mais ma propre interprétation.

J'ai perdu beaucoup trop de temps à te courir après, t'attraper avant que tu ne glisses de mes doigts, te ramasser, te laisser t'enfuir, me donner des coups et te supplier encore. Jamais je n'aime, d'habitude c'est moi qui fait souffrir. Bien fait pour moi. Aujourd'hui c'est toi qui gagnes. Tu me tues, et je ris encore.

Je ris à en crever.

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