Je suis arrivée à la station Faidherbe-Chaligny, il est 8h30. Arrivée à l'ECV, je me rend compte qu'il est en fait presque neuf heures. Quoiqu'il en soit, j'ai une heure d'avance alors je pars me promener. Je passe cette fois-ci par la rue qui se trouve derrière l'école, elle est beaucoup plus calme et je me met à suivre une file de gamins de primaire avec leurs professeurs se rendant au cinéma. Je les observe le sourire aux lèvres parce qu'après tout les gosses, quand ça ne crie pas, ça reste mignon. Je poursuis mon chemin habituel qui s'achève à la place de la Bastille pour ensuite faire demi-tour en passant par cette petite rue où il y a des boutiques qui vendent des mangas d'occasion et des Yoshi en peluche.

Pour une raison qui m'échappe encore, je retourne à nouveau à Bastille "Dead Duck" et "Bleeder" d'Emiliana Torrini dans les oreilles. Là, je vois une rue qui s'enfonce à gauche de la Banque de France. Irrésistible envie d'y aller. Je m'y dirige comme un gamin se dirigerait vers un sachet de Dragibus et me voilà à nouveau dans l'Inconnu. J'adore ne pas savoir où je vais... je ne l'explique pas. Plus rien n'est vraiment important à ce moment là. Je pars à l'aventure. Je vois une enseigne Lenôtre et pour satisfaire ma curiosité quant aux prix de leurs petits plats, je m'approche doucement de la vitrine. "Petit" est le qualificatif adéquat. Je me dis alors que si j'avais faim, j'irais au MacDo des Champs Elysées. Je poursuis mon expédition quand je repère un endroit qui me fait envie. Je m'y dirige comme un chien se dirigerait vers l'arrière train d'un autre. Ce coin si cool, c'est la Place des Vosges.

Je m'assois sur un banc et laisse mes pensées divaguer au rythme du son de l'eau s'écoulant de la fontaine. Je me sens bien, ici. Je me sens cachée, à l'abri de mes ravisseurs, de mes obligations parce que c'est bien ça le problème, non ? Assumer ses responsabilités. Tu penses peut-être que je ne le sais pas ? Mais en dépit de toutes les conneries que j'ai tendance à dire, je suis plutôt sûre de moi. Je sais que je suis douée dans ce que j'entreprend. Je suis une amie sur qui l'on peut compter, j'ai de l'humour, je suis bonne musicienne, je dessine plutôt bien, je suis agréable à lire... rien ne doit échapper à mon savoir-faire. Si je rate quelque chose, c'est parce que je ne m'en suis pas donné les moyens. Et c'est facile comme ça. Je ne me donne jamais à fond, comme ça je ne rencontre jamais mes limites et je peux estimer être potentiellement capable de réussir ce que je veux en toute circonstance. Il est là, le vilain petit secret. Maintenant tu sais tout.

Un groupe de touristes allemands vient perturber ma réflexion et au loin, je vois un jeune homme qui attire mon attention. Plutôt petit, les cheveux châtains qui lui tombent sur le visage, il porte une écharpe rouge et un énorme casque pour écouter sa musique. Je ne distingue pas son visage mais je l'imagine tout de suite : de grands yeux bleux, des yeux doux et un air espiègle. Il s'en va. Je me dis alors que j'aimerais bien que quelqu'un vienne s'asseoir sur ce banc à côté de moi. Quelqu'un à qui je pourrais parler... une épaule sur laquelle poser mon esprit embrouillé, histoire de taire mes pensées cinq minutes. Trouver le calme et arrêter de fuir comme une bête traquée. Les nuages s'en vont ailleurs, laissant un ciel bleu au dessus de la place mais je tremble encore de froid et j'écris péniblement ces mots sur le verso d'un sujet d'illustration. Mon nez coule mais je n'ai pas de mouchoir, j'ai faim mais je n'ai pas mon porte monnaie. Je me dis que je vais être en retard, que je le suis probablement déjà et que de toute façon, je n'ai pas de montre non plus. Je ne suis qu'une fille avec son carton à dessin, affamée et frigorifiée, la goutte au nez et seule avec sa solitude mais à ce moment précis, rien ne peut gâcher ce moment tout particulier que je savoure comme le dernier Shocko-Bon du paquet.

Maintenant, si vous permettez, je vais aller me dégourdir les jambes parce qu'à rester plantée là, je ne sens plus mes orteils.

Laisser son empreinte