Me voilà assise en tailleur sur mon lit, emmitouflée dans une couette, les doigts pianottant sur le clavier de mon ordinateur pour te délivrer quelques unes de mes impressions, à toi lecteur, sur un air d'Elliott Smith, un grand ami à moi. Il ne me manque plus qu'une tisane, un chocolat ou un lait chaud et j'aurai vraiment l'impression d'être en hiver. A croire que chaque saison a son charme... quoique je pense que l'on se contente de tirer parti de chacune des choses qui nous sont inévitables. Et c'est une bonne chose d'après moi.

Ces temps-cis, j'éssaie de tirer parti de ce qui m'arrive dans ma vie de tous les jours. Ce n'est pas toujours facile (en général, je ne suis absolument pas un cas isolé, bien que souvent pessimiste) mais tourner les choses à notre avantage est souvent satisfaisant. Voilà déjà bientôt trois mois que Paris est mon quotidien et je t'avoue que ma lassitude a été quelque peu prématurée. Je n'ai jamais été de ceux qui ont idolâtré cette ville puisque s'y rendre une fois de temps en temps depuis que je suis petite a été, avec le temps, un fait et plus vraiment un évènement. Paris est grise, Paris est sale. Elle n'est pas la seule comme ça, ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Paris est souvent triste, surtout lorsqu'on ne quitte jamais son petit onzième. Surtout quand la seule ballade que l'on y fait se résume à se rendre à la boulangerie pour acheter un sandwich et l'avaler (que dis-je ? l'inhaler serait plus approprié) manu militari pendant les quelques minutes de pause que l'on a... Ô frustration, quand tu nous tiens.

Je ne crache pas allègrement dans la soupe, soyons d'accord. Paris m'a fait vibrer plus d'une fois. Ce jour de juillet de cette année, où allant chercher Berit, une amie allemande qui arrivait Gare de l'Est, nous avons attendu devant un demi de bière blonde (la peinte aurait été la bienvenue mais vu le coin, on avait beau racler le fond de la popoche, il n'y avait pas de trésor au fond...) puis nous sommes allée devant la Tour Eiffel, toute de bleu illuminée et étincelante sous les douze coups de minuit. Fantastique. J'ai maudit le monde entier de n'avoir pu partager  cela avec un éventuel bien-aimé mais ils étaient là, mes amis, les mêmes étoiles dans les yeux comme si nous venions pour la première fois. Paris m'a fait vibrer ce jour de septembre où, ayant raté mon train, j'arrive en retard à 14h pour le cours de dessin d'analyse et dois attendre celui de couleurs qui commence à 16h. J'ai découvert Bastille ce jour là, sous la pluie. Cette sérénité, cet émerveillement devant l'inconnu qui me tendait les bras, à moi, jeune étudiante sous des airs de touriste, m'a même poussé à refiler mes fonds de porte-monnaie aux SDF du coin. Paris m'a fait vibrer (et cette fois le mot est faible) ce lundi de novembre où Bastille ne suffisait plus et où j'ai écrit quelques mots à la Place des Vosges (l'article d'avant, je ne sais pas si tu y as jeté un coup d'œil) pour ensuite déambuler au hasard dans les rues, arriver au bord de la Seine, puis tomber par hasard sur Notre Dame, prendre un chemin discret sous les rues et les ponts, longeant la Seine, arriver sous un autre pont, tout près des Tuileries où un saxophoniste m'aurait fait pleurer de bonheur tant le moment était savoureux... J'aurais aimé te raconter cette journée en entier mais je ne sais pas... sans doute étais-je fatiguée. Tu me pardonneras.

Je continue. Paris m'a plu, pas plus tard qu'hier. J'avais besoin de sphères en polystirène pour un cours de volume alors je me suis rendu à la station Filles du Calvaire et ensuite au magasin Rougier pour dépenser quatre euros dans un sac de dix boules qui ne m'ont servi finalement à rien, sinon à avoir l'air d'une exentrique qui fait ses boules de Noël by herself. Le coin était plus que sympathique... je me suis arrêté devant un magasin de guitares, me suis vaguement interessée à un magasin de batteries et me suis mise à rêver devant un magasin de pianos. La grisaille du quartier était belle. Aussi charmante que l'on trouve charmante une photo en noir et blanc. Dans ces moments là, je regrette de ne pas avoir équipé mon mp3 des trésors d'Elliott Smith qui s'accordent si bien aux tons gris des humeurs mélancoliques que je me plaîs à ressentir. J'ai repéré un grand édifice vert au loin et continué ma marche jusqu'à Bastille, plus ou moins mon actuel QG, maintenant. Je suis passée devant le Starbucks. Dehors, assis à une petite table, le serveur qui avait pris ma commande le mardi d'avant et qui m'avait lancé quelques sourires charmeurs, avec ses doux yeux bleus. Il me manque... quatre euros. Conneries de balles en poly'. J'aurai pas mon chocolat chaud avec sa crème fouettée si réconfortante lorsqu'on a la goutte au nez et le bout des doigts qui piquent. Mardi prochain j'éspère.

Peut-être bien que je suis allée en cours hier, que l'on a absolument rien fait, et que j'aurais pu dire que j'avais perdu ma journée mais vois-tu... ce sont ce genre de promenades aléatoires qui font mon bonheur quotidien dans Paris. Quotidien... c'est vite dit dans la mesure où la cage à oiseaux dans laquelle je me casse les dents à user mes crayons ne me laisse pas tellement de temps mais bon. Si, par hasard, tu vois une fille aux cheveux bruns, la mine pâlote, un bonnet noir et un grand carton à dessin. Ça peut-être moi en pleine expédition.

Ah ! Et au fait... ce soir, ça sera chocolat chaud.

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